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Sagesse d'un métier


La Sagesse du Chef opérateur
La Sagesse du Chef opérateur
Philippe Rousselot

Date de parution : 15/10/2013
ISBN : 978-2-915543-47-6
10,5x20 cm
Broché
112 pages

13,70 €





Pour écouter Philippe Rousselot dans l'émission de Pierre Gaffié sur RCF cliquer ici


Il y a en Louisiane une sorte d’autoroute qui traverse sur pilotis le lac Ponchartrain, plus de quarante kilomètres en ligne droite au-dessus de l’eau. Tôt le matin, tard le soir,
c’est une destination aller et retour, vers un lieu de tournage ; trente minutes à cent à l’heure. Et la première question du jour se pose en regardant la lumière et le ciel se reflétant sur l’eau, de chaque côté de la voie, « comment, de quelle manière, filmer ce paysage ? Où mettre la caméra, quel mouvement lui donner, où placer le point de fuite, la ligne d’horizon, quel filtre, quel objectif utiliser ? Comment décrire ce qu’on ne peut encore voir, comme la rive opposée cachée par l’arc de la terre, et qui fait que ce pont sur l’eau s’étire à l’infini ? ».
Toutes ces questions sont étrangères au film que l’on tourne, à la journée de travail qui commence, mais font partie d’une pratique quotidienne, souterraine et semi-consciente,
pratique d’un « rendre compte » des impressions fugitives laissées par autant d’événements que sont ces bribes de paysages perçues en chemin. Exercice qui consiste à voir les choses à l’intérieur d’un rectangle, à évaluer des contras­tes, des rapports de couleur, des accords et des ruptures.

Un chef opérateur, tout au long de sa carrière, se constitue une banque d’images : la lumière de l’aube et celle du crépuscule, le soleil de midi qui écrase tout, les ombres qui s’allongent le soir, une chambre éclairée par une bougie, des tubes fluorescents au plafond d’un bureau, un visage dans la pénombre, ou les reflets dans l’eau du lac qui semble ne pas avoir de fin. Grâce à elles, il va pouvoir,
non seulement recréer sur la pellicule un réel (ou son faire-semblant), mais également comprendre, analyser, déconstruire et reconstruire ce qui se présente à ses yeux.
Avant tout, le chef opérateur est un archiviste.



  Philippe Rousselot commence par être l'assistant de Nestor Almendros à la fin des années soixante. En 1969, il signe seul la photographie de Le Clair de Terre de Guy Gilles. Avec Diabolo menthe (1977) de Diane Kurys, Philippe Rousselot connaît le succès. Il travaille avec des réalisateurs dont le sens de l'esthétique reste emblématique du style des années 1980. Ainsi il effectue la photographie de Diva (1980) et de La Lune dans le caniveau (1982) de Jean-Jacques Beineix. En 1985, il travaille pour la première fois aux Etats-Unis sur La Forêt d'émeraude de John Boorman. Par la suite, ses travaux à l'étranger sont de plus en plus nombreux. Il dirige, entre autres, la photographie des Liaisons dangereuses (1988) de Stephen Frears, de Henry et June (1989) de Philip Kaufman, de Et au milieu coule une rivière (1992) de Robert Redford pour lequel il reçoit l'Oscar, ainsi que celle d'Entretien avec un vampire (1993) de Neil Jordan. De notoriété internationale, Philippe Rousselot est autant demandé en France qu'à l'étranger. Le succès ne lui fait pas pour autant perdre le goût de la difficulté. En 1995, il travaille pour Patrice Chéreau sur La Reine Margot, dont les scènes sont une succession de clairs-obscurs, plans en intérieurs ou tournés à l'aube. S'adaptant aux exigences des metteurs en scène, son style se caractérise par des éclairages simples et discrets. En 2000 il travaille sur la nouvelle version de La Planète des singes réalisé par Tim Burton. Il retrouve le réalisateur pour Big Fish et Charlie et la chocolaterie et reste aux Etats-Unis pour seconder Guy Ritchie sur les deux épisodes de l'adaptation de Sherlock Holmes.